Contes de Miss Sara Cone Bryant
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
Le frère de Jean malpropre
Il y avait une fois un garçon petit qui était si désordonné qu’on l’appelait Jean Malpropre. Il laissait ses livres traîner sur le plancher et mettait ses bottines crottées sur la table ; il fourrait ses doigts dans les confitures et renversait l’encrier sur son tablier neuf. Jamais on n’avait vu pareil désordre.
Un jour, la fée Soigneuse entra dans la chambre de Jean ; et si vous aviez vu la figure qu’elle fit !
- Ça ne peut pas continuer comme ça, dit la fée. Il n’y a pas de fin à votre désordre. Allez dans le jardin et jouez avec votre frère, dit la fée.
- Oh ! si, vous en avez un, dit la fée. Peut-être que vous ne le connaissez pas, mais il vous reconnaîtra bien, lui. Allez dans le jardin et attendez-le. Il viendra certainement.
- Je ne sais pas ce que vous voulez dire, fit Jean ; mais il descendit tout de même au jardin et commença à jouer avec la boue .
Bientôt, un petit écureuil sauta par terre, remuant sa jolie queue touffue.
- Est-ce vous qui êtes mon frère ? demanda le petit garçon.
L’écureuil le toisa du haut en bas.
- Eh bien ! j’espère que non, dit-il. Ma fourrure est bien brossée, mon nid proprement fait et mes enfants sont très bien élevés. Pourquoi est-ce que vous m’insultez avec votre question ?
Il sauta sur un arbre, et Jean Malpropre attendit.
Un petit rouge-gorge arriva en sautillant.
- Êtes-vous mon frère ? demanda Jean.
- Non, vraiment ! fit le rouge- gorge. Il y a des gens d’une impertinence !… Vous ne trouverez personne d’aussi soigné que moi dans tout le jardin, mon cher. J’ai passé toute la toute la matinée à lisser mes plumes, et je voudrais que vous voyiez ma femme couver nos oeufs ! Ils sont si doux et si propres ! Votre frère, en vérité ! Vous n’y pensez pas ! Il hérissa ses plumes, et s’envola, et l’enfant attendit.
Un peu après, arriva un beau chat angora. Il avançait avec précaution pour ne pas se salir les pattes.
- C’est vous qui êtes mon frère ? demanda le petit le petit garçon.
- Allez vous regarder dans la glace ! répartit le petit chat avec hauteur. Depuis ce matin, je me lèche au soleil, et on voit bien que vous ne vous lécher pas, vous ! Il n’y a personne de votre espèce dans ma famille, je suis heureux de vous le dire. Il fit le gros dos et s’en alla, et Jean se sentit assez déconcerté.
Bientôt après, un cochon arriva en trottant. Jean Malpropre n’avait envie de rien lui demander, mais le cochon n’attendit pas longtemps.
- Bonjour, frère, grogna-t-il.
- Je ne suis pas votre frère, dit l’enfant.
- Oh ! que si, dit le cochon. J’avoue que je ne suis pas très fier de vous, mais on reconnaît partout les membres de notre famille. Venez vite ; nous irons prendre un bon bain dans la mare, et nous rouler sur le fumier.
- Je n’aime pas aller vers le fumier, dit Jean.
- Racontez ça aux poules, voulez-vous ? dit le cochon.
Regardez vos mains et vos pieds, et votre tablier ! Venez, allons ! Nous aurons du bon temps, et vous pourrez avoir de la lavasse et du son pour dîner, s’il en reste.
- Je ne veux pas de lavasse ! cria Jean, et il se mit à pleurer.
Juste à ce moment, arriva la fée soigneuse.
- J’ai tout rangé et tout nettoyé, dit-elle, et il faudra que cela reste ainsi, à présent. Voulez-vous allez avec votre frère ou venir avec moi et apprendre à être propre ?
- Avec vous ! avec vous cria Jean en s’accrochant à la robe de la fée.
- Tant mieux ! grommela le cochon, c’est une petite perte. Il y aura davantage de lavasse pour moi ! Et il s’en retourna.
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
PICORETTE
Par une belle matinée d’été, dame Picorette, la poule blanche, picorait des grains sous une ramée de petits pois, quand une cosse lui tomba sur la queue avec une telle force qu’elle crut que le ciel allait tomber. Alors , elle pensa qu’il lui fallait aller avertir le roi, et elle s’en alla sautillant, sautillant, jusqu’à ce qu’elle rencontrât Chantecler le coq. Et Chantecler lui dit :
- Où vas-tu comme ça, Picorette la poule blanche ?
- Oh, Chantecler, dit-elle ; le ciel va tomber, et je vais le dire au toi.
- J’irai avec toi, dit Chantecler, et les voilà sautillant, sautillant, sautillant Chantecler et Picorette, et ils rencontrèrent Clopinant le canard.
Et le canard leur dit :
- Où allez-vous comme ça, Chantecler et Picorette ?
Et ils dirent :
- Oh ! Clopinant, le ciel va tomber et nous allons le dire au roi !
- J’irai avec vous, dit Clopinant.
Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, Clopinant, Chantecler et Picorette, et ils rencontrèrent Dandinette l’oie grise.
- Où allez-vous comme ça, Clopinant, Chantecler et Picorette ? lui demanda l’oie.
- Oh ! Dandinette, lui dirent-ils, le ciel va tomber, et nous allons le dire au roi.
- J’irai avec vous, dit Dandinette.
Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette et ils rencontrèrent Dandinette l’oie grise.
Où allez-vous comme ça, Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette? demanda le dindon.
- Oh ! Glouglou, lui dirent-ils, le ciel va tomber, et nous allons le dire au roi.
- J’irai avec vous, dit Glouglou.
Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, Glouglou, Dandinette, clopinant, Chantecler et Picorette, et ils rencontrèrent compère le Renard.
Et le renard leur dit :
- Où allez-vous comme ça, Glouglou et Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette ?
- Oh ! compère Renard, dirent-ils, le ciel va tomber, et nous allons le dire au roi !
Et compère renard dit doucement :
- Venez avec moi, Glouglou, et Dandinette, Clopinant, Chantecler et Picorette, et je vous montrerai le chemin qui va au palais du roi.
Mais ils répondirent :
- Oh ! non, compère Renard, nous trouverons bien le chemin tout seuls, et nous n’avons pas besoin de vous !
Et les voilà sautillant, sautillant, sautillant, et ils arrivèrent au palais du roi. Le roi se mit à rire, mais il les remercia grandement et leur donna à chacun une pièce de dix sous toute neuve !
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
(Conte irlandais.)
Il était une fois à Galway, en Irlande, un petit tailleur qui se mit en route, un beau matin, pour aller voir le roi, à Dublin.
Il venait à peine de partir lorsqu’il rencontra un cheval tout blanc. Comme il était bien élevé, il le salua.
- Le ciel vous aide! dit-il.
- Le ciel vous aide! répondit le cheval. Où partez-vous si tôt matin ?
- Je vais à Dublin, dit le tailleur, afin de bâtir une tour pour le roi, et obtenir ainsi sa fille en mariage.
Il faut savoir que depuis des mois, les envoyés du roi sillonnaient les villes et les villages d’Irlande afin de trouver celui qui serait capable de bâtir une tour pour le roi. En échange, le souverain avait promis sa fille en mariage ainsi qu’une très grosse somme d'argent. Hélas ! de nombreux Irlandais avaient essayé de bâtir la tour, mais, à chaque fois, trois géants qui vivaient dans un bois voisin venaient jeter par terre pendant la nuit l'ouvrage fait durant le jour, et par-dessus tout, ils mangeaient le constructeur.
Alors, le cheval dit au petit tailleur :
- Si tu voulais d'abord me faire un trou où je puisse me cacher, j’en serais bien heureux. Je suis fatigué d’aller au moulin ou au labourage. Quand les gens viendront me chercher, ils ne me trouveront pas !
- Volontiers, dit le petit tailleur.
Il tira de son sac sa bêche et sa truelle et fit un trou. Il demanda au cheval d'y entrer, pour voir s'il était assez grand mais quand le cheval blanc fut entré dans le trou, il n'en put plus sortir.
- Fais-moi un chemin par où je puisse sortir du trou quand je voudrai, dit le cheval.
- Oh! pas encore, dit le tailleur. Reste ici jusqu'à ce que je revienne, et alors je te ferai sortir.
Le jour suivant, le petit tailleur rencontra un renard.
- Le ciel vous aide! dit le renard.
- Le ciel vous aide! dit le tailleur.
- Où t'en vas-tu si tôt matin ? demanda le renard.
- Je vais à Dublin, voir si je peux bâtir une tour pour le roi.
- Si tu voulais d'abord m'arranger un endroit où je puisse me cacher, dit le renard. Les autres renards me battent et m'empêchent de manger.
- Bien volontiers, dit le petit tailleur.
Il prit sa hache et sa scie et fit un joli terrier. Il demanda ensuite au renard d'y entrer pour voir s'il était assez grand. Le renard y entra, et le tailleur ferma l'entrée.
- Laisse-moi sortir, à présent, dit le renard.
- Pour ça non, dit le tailleur. Attends ici jusqu'à ce que je revienne.
Le jour suivant, il rencontra un buffle.
- Le ciel vous aide! dit le buffle.
- Le ciel vous aide! répondit le tailleur.
- Où t'en vas-tu si tôt matin ? demanda le buffle.
- Je vais à Dublin, voir si je peux bâtir une tour pour le roi.
- Si tu voulais d'abord me faire une charrue, dit le buffle; les autres buffles et moi, nous pourrions labourer jusqu'à ce que vienne la moisson.
- Bien volontiers, dit le tailleur.
Il prit sa hache et sa scie, et fit une charrue. Dans le timon, il y avait un trou, et quand le buffle vint essayer la charrue, le tailleur lui prit la queue et l'enfonça dans le trou, où il la fixa avec une cheville, de sorte que le buffle ne put pas la retirer.
- Laisse-moi aller, maintenant, dit le buffle.
- Pour ça non, répondit le petit tailleur, attends ici jusqu'à ce que le revienne; et il repartit pour Dublin.
Quand il arriva dans la capitale, il engagea des maçons et commença à bâtir la tour. A la fin du premier jour, il fit poser une grosse pierre en équilibre sur le mur, et plaça un levier dessous, de façon à pouvoir la faire bouger facilement. Ensuite, les maçons s'en allèrent, mais le tailleur se cacha derrière le mur.
Lorsque la nuit fut venue, les trois géants sortirent du bois, et commencèrent à démolir la tour. Mais quand ils arrivèrent sous la grosse pierre, le petit tailleur fit manœuvrer son levier et la pierre tomba sur un des géants et le tua. Les deux autres furent si étonnés qu'ils se sauvèrent tout de suite.
Les maçons revinrent le lendemain matin, et travaillèrent jusqu'à la nuit; puis ils mirent la pierre sur le mur, avec le levier, comme la veille, et s'en retournèrent, mais le tailleur se cacha encore derrière le mur.
Quand tout le monde fut endormi, les deux géants revinrent, et comme ils approchaient de l'endroit où se trouvait la grosse pierre, le tailleur fit manœuvrer son levier, et la pierre tomba sur un des géants et le tua. Le troisième géant s'en alla, et ne revint plus.
Quand la tour fut finie, le petit tailleur demanda au roi l'argent et la princesse, mais le roi lui dit qu'il ne les aurait pas avant d'avoir tué le troisième géant.
- Bon, dit le petit tailleur, ce ne sera pas long.
Il alla dans la forêt, et, quand il arriva chez le géant, il lui demanda s'il n’aurait pas besoin d'un domestique.
- Oui, dit le géant, à condition qu'il puisse faire tout ce que je ferai moi-même, sans cela, je le mangerai.
- Je ferai tout ce que tu feras, dit le tailleur.
Ils entrèrent dans la caverne où le dîner était en train de cuire, et le géant demanda au tailleur s'il oserait boire autant de bouillon brûlant qu'il en avalerait lui-même.
- Certainement, dit le tailleur, laissez-moi seulement une heure pour me préparer.
Il alla acheter un grand morceau de cuir, dont il fit un sac qu'il glissa sous ses habits. Puis il rentra et dit au géant de commencer. Le géant avala une soupière de bouillon brûlant.
- Ce n'est que ça ? dit le tailleur. Et il versa une soupière de bouillon brûlant dans son sac en faisant semblant de le boire. Le géant avala une autre soupière, et le tailleur continua son manège, puis il dit :
- Je vais faire à présent une chose que tu n'oseras jamais faire.
- Quoi ? demanda le géant.
- Je vais faire un trou dans mon estomac et laisser couler le bouillon, dit le tailleur.
Et il prit son couteau, et fendit le sac de cuir, et le bouillon coula par terre.
- A ton tour, dit-il.
Le géant se donna un grand coup de couteau, si fort qu'il se fendit le ventre et en mourut.
Le petit tailleur alla trouver le roi et réclama la princesse et l'argent, disant qu'il jetterait le château par terre si on ne les lui donnait pas. Les gens de Dublin eurent peur et on lui donna la princesse et l'argent.
Lorsque le petit tailleur fut parti, dans une belle voiture à deux chevaux emmenant avec lui la princesse, le roi et les gens de la ville se repentirent de la lui avoir donnée et ils se mirent à courir après lui. Ils arrivèrent bientôt à l'endroit où était le buffle, et celui-ci leur dit :
- Si vous me relâchez, je galoperai après eux et je les atteindrai.
Ils relâchèrent le buffle, et voilà le buffle et les gens de Dublin courant après le petit tailleur et la princesse.
Quand ils arrivèrent à l'endroit où était le renard, le renard leur dit :
- Si vous me laissez sortir, je courrai " après eux et je les atteindrai.
Ils laissèrent sortir le renard, et voilà le renard, le buffle et les gens de Dublin courant après le petit tailleur et la princesse.
Quand ils arrivèrent à l'endroit où était le vieux cheval blanc, le cheval leur dit :
- Si vous voulez me laisser sortir, je courrai et je les atteindrai.
Ils le laissèrent sortir, et voilà le cheval, le renard, le buffle et les gens de Dublin courant après le petit tailleur et la princesse.
Lorsque le petit tailleur se vit poursuivi, il descendit de la voiture et s'assit par terre, sur ses talons.
- Ah! dit le vieux cheval blanc; c'est comme cela qu'il se tenait quand il faisait le trou dont je n'ai pas pu sortir! Je ne vais pas plus loin.
- Ah! dit le renard; c'est comme cela qu'il se tenait quand il fit le terrier dont je n'ai pas pu sortir! Je ne vais pas plus loin.
- Ah! dit le buffle; c'est comme cela qu'il se tenait quand il faisait la charrue dont je n'ai pas pu me débarrasser! Je ne vais pas plus loin.
Voyant cela, les gens de Dublin prirent peur et s'en retournèrent aussi.
Le tailleur et la princesse arrivèrent à Galway et ils y vécurent heureux jusqu’à la fin de leurs jours.
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
Miss Sara Cone Bryant
Conte nègre des États-Unis du Sud
Il y avait en Louisiane, en Amérique, une brave négresse qui n'avait qu'un fils. Comme elle était pauvre et n'avait pas grand'chose à lui laisser, elle voulut lui donner un beau grand nom. Elle l'appela Epaminondas, du nom d'un général grec de l'ancien temps, qui gagna deux célèbres batailles. Epaminondas grandit. Il avait un nom glorieux mais n'en était pas plus fier pour ça. Il avait l'habitude d'aller voir très souvent sa marraine. Elle l’aimait beaucoup et ne manquait jamais de lui donner quelque chose à chacune de ses visites.
Un jour, la marraine d’Epaminondas lui donna un beau morceau de gâteau.
- Ne le perds pas, dit-elle. Tiens-le bien serré.
- Sois tranquille! marraine, répondit Epaminondas. Il ferma le poing et serra si bien le gâteau, que, lorsqu’il arriva chez lui, il n'en restait plus qu'une poignée de miettes.
- Qu'est-ce que tu apportes là, Epaminondas ? demanda sa maman.
- Du gâteau, maman, dit Epaminondas.
- Du gâteau! De ma vie!... Mais qu’as-tu fait du bon sens que je t'ai donné à ta naissance ? Quelle manière tu as de porter un gâteau ! La manière de porter un gâteau, c'est de l'envelopper proprement dans un papier fin, et de le mettre dans la coiffe de son chapeau, puis on met son chapeau sur sa tête, et on revient tranquillement à la maison. Tu comprends ?
- Oh oui, maman, dit Epaminondas.
Quelques jours plus tard, Epaminondas retourna chez sa marraine, et elle lui donna, cette fois une belle motte de beurre pour sa maman, du joli beurre bien frais.
Epaminondas l'enveloppa soigneusement dans un papier fin, le mit dans la coiffe de son chapeau, mit son chapeau sur sa tête, et revint tranquillement à la maison.
Hélas, c'était été et le soleil était chaud. Le beurre commença à fondre, et se mit à couler de tous les côtés! Lorsque Epaminondas arriva chez sa maman, le beurre n’était plus dans le chapeau, il était sur Epaminondas. La maman leva les bras au ciel et s’écria :
- De ma vie!... Epaminondas, qu'est-ce que tu apportes là ?
- Du beurre, maman, dit Epaminondas.
- Du beurre ?... dit sa maman. Epaminondas, qu'as-tu fait du bon sens que tu avais à ta naissance ?... Ce n'est pas la manière de porter du beurre! La manière de porter du beurre, c'est de l'envelopper avec des feuilles fraîches, bien serré et, le long du chemin, de le tremper dans le ruisseau et de le tremper encore, et encore, et puis après, on le prend dans ses mains et on l'apporte à la maison. Tu comprends ?
- Oh oui, maman, dit Epaminondas.
La semaine suivante, lorsque Epaminondas retourna chez sa marraine, elle lui donna un joli petit chien.
Epaminondas l'enveloppa dans des feuilles fraîches, bien serré, puis il le trempa dans le ruisseau, et il le trempa encore, et encore : et après il le prit dans ses mains pour l'apporter à la maison, mais quand il arriva le pauvre petit chien était presque mort. Sa maman le regarda et dit :
- De ma vie!... Epaminondas, qu'est-ce que tu apportes là ?
- Un petit chien, maman, dit Epaminondas.
- Un petit chien! Epaminondas, mais qu'as-tu fait du bon sens que je t'ai donné à ta naissance ?... Ce n'est pas la manière de porter un petit chien ! La manière de porter un petit chien, c'est de prendre une longue corde, d'en attacher un bout au cou du chien, de mettre le chien par terre, et de prendre l'autre bout de la corde, et on rentre à la maison en le tirant après soi, - comme ça. Tu comprends ?
- Oh, très bien, maman, dit Epaminondas.
Lorsqu’il revint chez sa marraine, elle lui donna un pain tout frais, un joli pain long à la croûte dorée.
Epaminondas prit une longue corde; il en attacha un bout autour du pain, puis il mit le pain par terre, prit l'autre bout de la corde, et revint à la maison en tirant le pain après soi - comme ça.
Quand il arriva, sa maman regarda la chose au bout de la corde, et dit :
- De ma vie!... Epaminondas, qu'est-ce que tu apportes là ?
- Un pain, maman, dit Epaminondas. C'est marraine qui me l'a donné.
- Un pain!... dit sa maman. Oh ! Epaminondas ! Mais tu n'as point de bon sens. Tu n'en as jamais eu, et tu n'en auras jamais point!... Tu n'iras plus chez ta marraine. C'est moi qui irai, et je ne t'expliquerai plus jamais rien.
Le lendemain, sa maman se prépara pour aller chez la marraine, et elle dit :
- Je vais te dire une chose, Epaminondas. Tu vois bien ces six petits pâtés que je viens tout juste de faire cuire ? Je les ai mis devant la porte pour les faire refroidir. Tu les protégeras du chien et du chat et, si tu as besoin de sortir, fais attention comment tu passes dessus, n'est-ce pas ?
- Oui, maman, dit Epaminondas.
La maman mit son bonnet et son châle et s'en alla chez la marraine.
Les six petits pâtés tout en rang refroidissaient sur le seuil de la porte.
Et comme Epaminondas voulait sortir, il fit bien attention comment il passait sur les pâtés.
- Un, deux, trois, quatre, cinq, six!... il mit son pied bien exactement au milieu de chacun d'eux!...
Et savez-vous, ce qui arriva quand la maman rentra ?
Personne n'a jamais pu me le dire, mais vous pouvez peut-être le deviner... et je suppose qu'Epaminondas ne sut jamais le goût qu'avaient ces petits pâtés-là!
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
(Conte irlandais.)
Il était une fois une petite poule rousse, qui vivait dans sa petite maison, toute seule. Un vieux Renard, habile et rusé, demeurait au milieu des rochers, sur une colline, non loin de là. Au fond de son terrier, maître Renard rêvait, le jour et la nuit, au moyen d'attraper la petite Poule rousse.
" Comme elle doit être tendre! " pensait-il. Si seulement je pouvais la mettre bouillir dans ma grande marmite! Quel fameux souper pour ma vieille mère et pour moi!
Mais il ne pouvait pas venir à bout de la petite Poule rousse, parce qu'elle était trop fine et trop prudente. Toutes les fois qu'elle sortait, elle fermait sa porte, et prenait sa clef, et quand elle rentrait, elle s'enfermait soigneusement, et mettait la clef dans la poche de son tablier, avec son dé et ses ciseaux.
A la fin, le Renard pensa qu'il avait trouvé un bon moyen. Il partit de grand matin, en disant à sa vieille mère :
- Mets la grande marmite sur le feu , nous aurons la petite poule rousse pour notre souper.
Il mit sous son bras un grand sac et courut jusqu'à la maison de la petite poule. Elle venait justement de sortir pour ramasser des copeaux afin d'allumer son feu. Le Renard se glissa derrière la pile de bois et, pendant qu'elle était baissée, il fila dans la maison et se cacha derrière la porte.
Une minute après, la petite poule rousse rentra, en disant :
- Je vais fermer la porte, et après je serai bien tranquille...
Et comme elle se retournait, elle vit le renard, avec son grand sac sur l'épaule! Hou! comme la petite Poule fut effrayée! Mais elle ne perdit pas la tête, elle laissa tomber ses copeaux, et vola sur la plus haute armoire, d'où elle cria au vilain vieux renard :
- Tu ne me tiens pas encore!
- Nous allons voir ça, dit maître renard.
Et que croyez-vous qu'il fit ? Il se planta sur le plancher, juste au-dessous de la petite Poule rousse, et il se mit à tourner, à tourner, à tourner après sa queue, tout en rond, et de plus en plus vite, si bien que la pauvre petite Poule en fut tellement étourdie qu'elle en perdit l'équilibre et tomba juste dans le grand sac que le renard avait posé tout ouvert à côté de lui ! Il jeta le sac sur son épaule et partit pour sa caverne, où la marmite bouillait sur le feu.
Il lui fallait monter toute la colline, et le chemin était long. La petite poule rousse ne savait d'abord pas où elle en était, tellement la tête lui tournait; mais, au bout d'un moment, elle reprit ses sens; elle tira alors ses ciseaux de sa poche, et clip! fit un petit trou dans le sac et passa la tête au dehors. Quand elle fut à un endroit favorable, clip, clip, elle fendit le sac, se glissa dehors, tout en tenant le fond du sac et vite, vite, elle y fourra une grosse pierre.
Après quoi, elle prit son vol, et fila aussi vite qu'elle put jusqu'à la maison, où elle s'enferma bien soigneusement.
Le vieux renard continuait sa route, bien content, avec la pierre dans le sac, et se disant : " Comme cette petite Poule rousse est lourde; je ne la croyais pas si grasse. Elle va me faire un fameux souper! " Il arriva assez fatigué à la caverne, et, dès que sa vieille mère le vit, elle lui cria :
- As-tu la petite poule rousse ?
- Oui, oui, dit-il. Est-ce que l'eau est chaude ?
- Elle bout à gros bouillons, dit la vieille mère.
- Alors, attention. Ôte le couvercle de la marmite, je secouerai le sac et ferai tomber la petite poule rousse dedans, et toi, tu veilleras, de crainte qu'elle ne s'envole.
La vieille mère renard ôta le couvercle de la marmite, et se tint tout près. Le renard ouvrit légèrement le sac sans regarder dedans, le prit par le fond et le secoua au-dessus de la marmite.
Plouf! plouf! La grosse pierre tomba dans la marmite, qui se renversa et échauda le renard et sa vieille mère, de sorte qu'ils furent tellement brûlés qu'ils en moururent.
Et la petite poule rousse resta dans sa petite ferme, où elle vécut heureuse tous les jours de sa vie.
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
Miss Sara Cone Bryant
II y avait une fois une petite souris grise qui vivait dans un champ de blé noir, et qui avait bien envie de courir le monde. Elle se mit à trotter çà et là, fourrant son nez
pointu dans tous les tas de pierres et sous toutes les touffes d'herbe, et regardant partout de ses petits yeux noirs et brillants. Tout à coup elle aperçut dans des feuilles sèches un petit objet rond, brun et lisse. C'était une grosse noisette, si polie et si brillante qu'elle eut envie de l'emporter à la maison, et elle avança sa petite patte pour la prendre, mais la noisette se mit à rouler. Souricette courut après, mais elle roulait très vite et arriva jusque sous un grand arbre, et là se glissa sous une des grosses racines.
Souricette enfonça son museau sous la racine, et vit un trou rond, avec des escaliers, tout petits, tout petits, qui descendaient dans la terre. La noisette roulait le long des escaliers avec un petit bruit : tap, tap, tap. Souricette descendit aussi les escaliers. Tap, tap, tap, en bas roulait la noisette, et en bas, tout en bas, descendait Souricette.
La noisette roula jusqu'à une petite porte, qui s'ouvrit immédiatement pour la laisser passer. La petite souris se hâta de pousser la porte, qui se referma derrière elle. Souricette se trouva dans une petite chambre et devant elle se tenait le plus drôle de petit bonhomme qu'on pût voir. If avait un bonnet rouge, une veste rouge, et de longs souliers rouges en pointe.
- Vous êtes ma prisonnière, dit-il à la petite souris.
- Et pourquoi ? fit-elle tout effarée.
- Parce que vous avez voulu voler ma jolie noisette.
- Je ne l'ai pas volée, dit Souricette, je l'ai trouvée dans le pré; elle est à moi.
- Non, c'est la mienne, dit le petit homme rouge, et vous ne l'aurez pas.
Souricette regarda partout, mais elle ne vit plus la noisette; alors elle pensa à rentrer chez elle, mais la petite porte était fermée et le petit homme rouge avait la clef. Et il dit â la pauvre petite souris
- Vous serez ma domestique; vous ferez mon lit, et vous balayerez ma maison et ferez cuire ma soupe.
Et il ajouta en ricanant
- Et peut-être que, si vous travaillez bien, je vous donnerai la noisette pour salaire !
Ainsi la petite souris fut la servante du petit homme rouge; chaque jour, elle faisait le lit, balayait la chambre, et faisait cuire la soupe. Et chaque jour le petit homme rouge sortait par la petite porte et ne revenait que le soir, mais il avait toujours grand soin de fermer la porte et de prendre la clef, et quand Souricette lui réclamait son salaire, il répondait en ricanant
Plus tard ! plus tard! Vous n'avez pas encore assez travaillé.
Cela. dura longtemps, longtemps. Enfin, un jour que le petit homme rouge était très pressé, il ne tourna la clef qu'à moitié et naturellement cela ne servit à rien du tout.
La petite souris s'en aperçut tout de suite, mais elle ne voulait pas partir sans son salaire et elle chercha partout la noisette. Elle ouvrit tous les tiroirs, et regarda sur toutes les planches, mais elle ne la vit nulle part. A la fin, elle ouvrit une petite porte dans la cheminée et, juste, elle était là! dans une sorte de petit placard.
Souricette la prit vivement dans sa bouche et se sauva. Elle poussa la petite porte, vite, vite, grimpa les petits escaliers, vite, vite, passa à travers le trou sous la racine, et courut chez elle sans s'arrêter. Tout le monde fut bien content de la voir, car on la croyait morte.
Et comme elle laissait tomber la noisette sur la table, celle-ci s'ouvrit en deux avec un petit clic, comme une boîte!
Et qu'est-ce que vous pensez qu'il y avait dedans ?
Un tout petit, petit collier, en pierres brillantes, et si joli ! II était juste assez grand pour une petite souris. Souricette le portait souvent, et, quand elle ne le mettait pas, elle le gardait dans la grosse noisette.
Et le méchant petit homme rouge ne put jamais retrouver Souricette, parce qu'il ne savait pas où elle demeurait.
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
Conte anglais
Un tout petit garçon était assis aux pieds de sa mère, près d'une porte-fenêtre qui donnait sur le jardin. On était en automne, et le vent soufflait tristement et faisait courir les feuilles sèches couleur d'or sur le gravier du chemin et sur l'herbe de la pelouse.
La maman tricotait une petite chaussette; les aiguilles faisaient clic, clic, dans ses doigts, mais ses yeux regardaient le ciel rendu tout rouge par les rayons du soleil couchant. Le petit garçon appuya sa tête contre les genoux de sa maman, et se tint si tranquille qu'à la fin elle pencha la tête pour voir s'il dormait. II ne dormait pas; il regardait attentivement un buisson de ronces qui agitait ses longues branches couvertes de feuilles rouges de l'autre côté de la barrière.
- À quoi penses-tu, mon chéri ? demanda la mère.
- Regarde le buisson de ronces, maman. Qu'est-ce qu'il dit ? II me fait : bonjour, bonjour, par-dessus la barrière; qu'est-ce qu'il dit ?
- Ce qu'il dit ? répondit-elle. II dit : « J'aperçois un heureux petit garçon, dans une jolie chambre, éclairée par un bon feu. Ici, dehors, il fait froid et sombre, mais, là où est le petit garçon, il fait chaud et clair. Je lui dis : bonjour, bonjour, et il me regarde. Je voudrais bien savoir s'il sait combien il est heureux!
L'hiver.
« ... Voyez, mes feuilles sont toutes rouges. Tous les jours, elles se sèchent et elles tombent, et bientôt la bise les aura toutes jetées à terre. Alors la neige viendra me couvrir... et puis, elle s'en ira. aussi, et mes branches « dépouillées seront battues par la pluie et le vent.
« ... Je dis bonjour à tous ceux qui passent, et les jours s'en vont, tristes et froids, mais dans la jolie maison, si chaude et si gaie, le petit garçon joue toute la journée avec ses livres et ses joujoux. Son papa et sa maman le chérissent; il grimpe sur leurs genoux, le soir, devant le feu, pendant qu'ils lui racontent de jolies histoires ou lui chantent de belles chansons, heureux petit garçon ! Et moi, là, dehors, je regarde, et j'aperçois un rayon de lumière qui passe à travers le volet, et je voudrais bien être avec eux!
Le printemps.
« Mais j'attendrai très patiemment. Je supporterai la neige, et la pluie, et le froid, car mes racines sont bien au chaud dans la terre, et mes bourgeons dorment dans leurs petits berceaux bruns.
« Les jours et les nuits passent; la neige fond, le « ciel est bleu et la terre est molle ; les petits oiseaux voltigent en criant : cui ! cui ! Voici le printemps! et je sens la sève qui court dans mes branches.
« Le soleil devient toujours plus chaud. L'herbe pousse plus vite. Voilà mes bourgeons qui éclatent, et les petites feuilles qui sortent, et me voici, tout habillé de vert! Le petit garçon court pour venir me voir, et il crie : Oh! maman! le buisson de ronces est tout en vie, et si beau, et si vert! Oh ! viens voir! Et alors, j'incline ma tête au vent d'été et tous les jours je deviens plus beau, et, à la fin, je suis tout couvert de fleurs blanches et roses!
L'été.
« Encore quelques semaines. Les petites fleurs blanches et roses sont toutes tombées, et voici les mûres qui paraissent toutes petites et vertes. Je les étale tout le jour au soleil et, la nuit, je recueille la rosée; lentement elles mûrissent, elles deviennent grosses; d'abord rouges et dures, puis toutes noires, brillantes et délicieuses! Je les garde pour le petit garçon qui vient en dansant les chercher. II les cueille et les met dans sa petite main, et puis, il court vers sa maman, en disant : Vois ce que le patient buisson de ronce a fait mûrir pour moi! Goûte comme elles sont bonnes, maman!
L'automne.
« Ah! alors je suis content et si je pouvais parler, je dirais : Oui, cher petit, prends-les. Je les ai fait mûrir au soleil et à la pluie; et je remue la tête avec satisfaction, car mon travail est fini. De la fenêtre, le petit enfant me regarde et pense
«- Voilà le buisson de ronces qui a été si bon pour moi ! Je le vois et je l'aime. Je sais qu'il est tranquille là dehors, tout seul, et que l'année prochaine il me donnera encore de belles mûres noires et sucrées!
Alors le petit garçon sourit, et dit qu'il aimait cette histoire. Sa maman le prit dans ses bras et l'emporta à la salle à manger pour dîner, et le vieux buisson de ronce, resta tout seul dehors, disant bonjour, bonjour, à tous les passants, et sans doute il y est encore.
D'après CELIA THAXTER, Stories and Poems for children.
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
Conte anglais
… Il y avait une fois une Moitié de Poulet qui, à force de travailler et d’économiser, avait amassé cent écus. Le roi, qui avait toujours besoin d'argent, ne l'eut pas plus tôt appris qu'il vint les lui emprunter, et la Moitié de Poulet était bien fière dans les commencements d'avoir prêté de l'argent au roi. Mais i! vint une mauvaise année, et elle aurait bien voulu ravoir son argent. Elle avait beau écrire lettre sur lettre, tant au roi qu'à ses ministres, personne ne lui répondait. A la fin, elle prit la résolution d'aller chercher elle-même ses cent écus, et se mit en route pour le palais du roi.
Chemin faisant, elle rencontra un renard.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
- Prends-moi avec toi.
- Point de façon je ne ferai. Entre dans mon cou, je t'y porterai.
Le renard entra dans son cou, et la voilà partie, toute joyeuse d'avoir fait plaisir au renard.
Un peu plus loin, elle rencontra un loup.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
- Prends-moi avec toi.
- Du plaisir en aurai. Entre dans mon cou, je t'y porterai.
Le loup entra dans son cou, et la voilà partie encore une fois. C'était un peu lourd; mais la pensée que le loup était content de voyager lui donnait du courage.
Comme elle approchait du palais, elle trouva sur sa route une rivière.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
- Prends-moi avec toi.
- Bien des charges j'ai. Si tu peux tenir dans mon cou, je t'y porterai.
La rivière se fit toute petite et se glissa dans son cou La pauvre petite bête avait bien de la peine à marcher; mais elle arriva pourtant à la porte du palais.
Toc! toc! toc!
Le portier passa la tête par son carreau.
- Où vas-tu, Moitié de Poulet ?
- Je vais chez le roi. Cent écus me doit.
Le portier eut pitié de la petite bête, qui avait un air tout innocent.
- Va-t'en, ma bellotte. Le roi n'aime pas qu'on le dérange. Mal en prend à qui s'y frette.
- Ouvrez toujours, je lui parlerai. II a mon bien, il me connaît bien.
Quand on vint dire au roi que la Moitié de Poulet demandait à lui parler, il était à table, et faisait bombance avec ses courtisans. Il se prit à rire, car il se doutait bien de quoi il s'agissait;.
- Ouvrez à ma chère amie, répondit-il, et qu'on la mette dans le poulailler.
La porte s'ouvrit, et la chère amie du roi entra tout tranquillement, persuadée qu'on allait lui rendre son argent. Mais, au lieu de lui faire monter le grand escalier, voilà qu'on la mène vers une petite cour de côté; on lève un loquet, on le pousse, et crac! ma Moitié de Poulet se trouve enfermée dans le poulailler.
Le coq, qui piquait dans une épluchure de salade, la regarda d'en haut sans rien dire. Mais les poules commencèrent à la poursuivre et à lui donner des coups de bec. II n'y a pas de bêtes plus cruelles que les poules quand il leur vient des étrangers sans défense.
La Moitié de Poulet, qui était une petite personne paisible et rangée, habituée chez elle à n'avoir jamais de querelles, se trouva bien effrayée au milieu de tant d'ennemies. Elle courut se blottir dans un coin, et cria de toutes ses forces
- Renard! Renard! sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
Le renard sortit de son cou, et croqua toutes les poules.
La servante qui portait à manger. aux poules ne trouva que les plumes en arrivant. Elle courut, pleurant, prévenir le roi, qui se fâcha tout rouge.
- Qu'on enferme cette enragée dans la bergerie, dit-il.
Et, pour se consoler, il fit apporter d'autres bouteilles.
Une fois dans la bergerie, la Moitié de Poulet se vit encore plus en péril que dans le poulailler. Les moutons étaient les uns par-dessus les autres, et menaçaient à chaque instant de l'écraser sous leurs pieds. Elle était enfin parvenue à s'abriter derrière un pilier, quand un gros bélier vint se coucher là et faillit l'étouffer dans sa toison.
- Loup, cria-t-elle, Loup, sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
Le loup sortit de son cou, et, en un clin d’œil, étrangla tous les moutons.
.La colère du roi ne connut plus de bornes quand il apprit ce qui venait de se passer. II renversa les verres et les bouteilles, fit allumer un grand feu, et envoya chercher une broche à la cuisine.
- Ah, la scélérate! s'écria-t-il, je vais la faire rôtir pour lui apprendre à tout massacrer chez moi.
On amena devant le feu la Moitié de Poulet, qui tremblait de tous ses membres, et déjà le roi la tenait d'une main et la broche de l'autre, quand elle se dépêcha de murmurer.
- Rivière, rivière, sors de mon cou, ou je suis un petit poulet perdu.
La rivière sortit de son cou, éteignit le feu et noya le roi avec tous ses courtisans.
La Moitié de Poulet, restée maîtresse du palais, chercha en vain ses cent écus : ils avaient été dépensés, et il n'en restait trace. Mais, comme il n'y avait plus personne sur le trône, elle monta dessus à la place du roi, et le peuple salua son avènement avec de grands cris de joie. II était enchanté d'avoir une reine qui savait si bien économiser...
Publié le 10/08/2008 à 12:00 par aldaria02
(Conte créole)
Un jour que compère Lapin s'amusait à sauter sur le sable lorsqu’il vit l'Éléphant et la Baleine qui parlaient ensemble. Hop ! hop! hop! Compère Lapin s’arrêta et se tapit derrière un buisson afin de mieux entendre ce qu’ils avaient à se dire…
Vous ne le croirez sans doute pas mais ils étaient entrain de se faire des compliments.
- Oh! Compère Éléphant, disait la Baleine, c'est bien vous qui êtes le plus puissant des animaux qui vivent sur la terre, tandis que moi, je suis le plus puissant des animaux qui vivent dans la mer. Si vous le vouliez, nous pourrions nous associer et gouverner tous les autres animaux de la terre et de la mer. Pensez donc, personne ne pourrait alors nous résister.
- Fort bien, fort bien, Commère, répondait le gros Compère Éléphant. Votre proposition m’enchante tout à fait.
Mais Compère Lapin, derrière son buisson n'avait pas du tout envie d'être gouverné par eux. Il s'en alla chercher une grosse, grosse corde, longue, très longue, puis il prit son gros tambour et le cacha dans les buissons. Alors, il marcha sur la plage jusqu'à ce qu'il rencontrât la Baleine.
- Oh! Commère Baleine, dit-il, vous qui êtes si forte, et je dirais même le plus fort de tous les animaux de la mer, rendez-moi donc un service. Ma vache s'est enfoncée dans la boue, à une demie lieue d'ici, et je ne parviens pas la retirer, mais vous, par contre, si forte et si obligeante, vous pourriez bien le faire!
La Baleine fut tellement flattée du compliment qu'elle accepta tout de suite.
- Et bien, dit Compère Lapin, je vais attacher à votre queue le bout de cette corde, et j'irai moi-même attacher l'autre bout à ma vache, et quand tout sera prêt, je battrai du tambour. Vous n'aurez qu'à tirer bien fort, car elle est enfoncée très profond dans la boue.
- Mouh! dit la Baleine, allez seulement, je la retirerai bien, même si elle était enfoncée jusqu'aux cornes!
Compère Lapin attacha la corde autour de la Baleine, et sautant, hop! hop! hop ! Il alla alors trouver l'Éléphant.
- Oh! s'il vous plaît, puissant Compère Éléphant, dit-il, voudriez-vous me rendre un immense service ?
- Qu'est-ce que donc ? demanda l'Éléphant.
- Ma vache est enfoncée dans la vase, à une demie lieue d'ici, et je ne peux pas l'en retirer. Naturellement, pour vous, ce sera facile, puisque vous êtes si fort, et je dirais même me plus fort de tous les animaux de la terre. S’il vous plaît, je connais votre bon cœur.
- Certainement, certainement, dit l'Éléphant avec condescendance, tout en balançant sa trompe.
- Alors, voilà, dit Compère Lapin, je vais attacher le bout de cette longue corde autour de votre trompe, et l'autre bout autour de ma vache et, aussitôt que, ce sera prêt, je battrai du tambour. Alors, vous tirerez, tirerez, tirerez, aussi fort que vous le pourrez.
- N'aie pas peur, dit Compère Éléphant, elle serait aussi grosse que vingt vaches que je la retirerais bien.
- J'en suis bien certain, dit Compère Lapin. Ne tirez seulement pas trop fort en commençant.
Il attacha solidement la corde autour de la trompe de l'Éléphant et courut se cacher dans les buissons. De là, il se mit à battre du tambour.
La Baleine commença à tirer sur la corde et l'Éléphant commença à tirer de même. La corde se tendit, se tendit, jusqu’à devenir toute raide.
- Voilà une vache remarquablement lourde, dit l'Éléphant, mais je l'aurai bien! Et il appuya ses pieds contre un arbre et donna une énorme secousse.
- Quelle affaire! dit la Baleine. Cette vache doit être au fond de la terre! Et elle tira de plus belle.
Chacun tirait de son côté, mais bientôt la Baleine se sentit entraînée vers la terre, parce qu’à chaque fois que l'Éléphant tirait sur la corde, il l'enroulait autour de sa trompe.
Elle fut tellement en colère de ne pas parvenir à sortir la vache de Compère Lapin qu'elle plongea dans l’océan, plouf! plouf! tête en avant, jusqu’au fond de la mer! La secousse fut si violente que les pieds de l'Éléphant furent arrachés de la terre, et qu’il glissa jusqu'au rivage. Il était terriblement en colère, et donna une telle secousse qu'il amena la Baleine hors de l'eau.
- Qui me tire ? mugit-elle.
- Qui me tire ? trompetta l'Éléphant.
Et chacun d'eux vit l'autre avec la corde enroulée autour de son corps.
- Je vous apprendrai à jouer à la vache! rugit l'Éléphant.
- Je vous apprendrai à vous moquer de moi! mugit la Baleine.
Ils se remirent à tirer, tirer, tirer, mais tout à coup, crrrrac! la corde se cassa, et voilà la Baleine rejetée dans la mer avec un grand plouf! et l'Éléphant sur le dos, les quatre pieds en l'air!
Ils furent si honteux l’un et l’autre qu'ils ne voulurent plus se parler, et leur beau projet demeura à l’état de projet. Seul, Compère Lapin rit de l’aventure et qui sait, si derrière son buisson, il ne rit pas encore aujourd’hui.